À l’ère du tout numérique, la mémoire est fragile.
Les disques durs s’altèrent, les formats deviennent obsolètes, les données se perdent. Les technologies cessent d’être lisibles. Même les images finissent par ne plus exister. Nombreux sont ceux qui désignent déjà notre époque comme celle qui laissera le moins de traces. Si ce n’est le plastique. Et pourtant, il y a nos moments que l’on oublie. Des histoires qui s’effacent. Des idées qui s’évaporent.
La trace devient alors un enjeu. L’argentique, la sculpture, l’image inscrite dans la matière deviennent réponses.
Le dessin a été mon premier langage. Un moyen de structurer le regard, d’apprendre le cadrage, de faire habiter une image. Il m’a permis de donner forme à ce qui n’existait pas encore, puis de retranscrire des souvenirs, des moments de vie marquants. Avec le temps, une envie de toucher à tout est apparue. Le cinéma s’est imposé comme une évidence : un médium total, où se rencontrent écriture, image, musique, rythme et jeu, liés par ce qui lui est propre : le montage.
C’est dans ce milieu que j’ai évolué, avec le désir de passer à la réalisation. Un désir longtemps sacralisé, jusqu’à en devenir paralysant. Pour peu à peu, figer en moi : les gestes, les élans, les actes créatifs. Un besoin existentiel enfoui, ruminé, banni. En 2022, une succession d’événements est venue rompre cet état. Un réveil. Une remise en mouvement. Une reconnexion progressive à cette part essentielle. C’est de là qu’est née la proposition de ce travail : photographies, sculptures, et d’autres formes à venir.
Le dessin traverse aujourd’hui l’ensemble de mes médiums : photographie, sculpture, image en volume. Les formes sont souvent graphiques, construites, équilibrées, avec la volonté de préserver une part d’organique.
Le cinéma a apporté une autre dimension : celle du mouvement, du rythme, de la circulation des formes. De cette expérience est resté le goût du dialogue entre les pratiques. Une photographie peut devenir picturale. Une sculpture peut entrer en résonance avec l’image ou le cinéma. Les médiums se s’entremelent, se répondent.
Ce qui m’intéresse, c’est ce qui précède tout. Avant les rôles, les fonctions, les récits. Avant les codes, la technologie, l’accumulation. Un état premier. Une humanité presque nue, débarrassée du superflu. Sa présence, simplement.
C’est là que se situe le point de tension de mon travail. À l’endroit où l’individu cesse d’être défini par représente, pour redevenir un corps vivant, sensible.
Et trouver une harmonie dans un décor, dans un geste, dans un mouvement. Faire émerger une forme de fascination du simple. D’émotions brutes, parfois silencieuses, parfois impulsives, qui ne demandent qu’à être retenus. C’est cela que je cherche à capter, à recentrer, parfois à glorifier. Dans la couleur, la lumière, le cadre. Puis en raconter une histoire, celle que je pense avoir vu, celle que vous pensez voir.
Ce travail cherche à faire ressentir. À créer une rencontre entre l’image, la matière et celui ou celle qui regarde.
C’est ce qui importe.
Pour ne pas oublier. Pour laisser une trace.
Merci de m’avoir lu. En espérant que ces créations vous touchent, de près ou de loin.
Modeni


